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Samedi 19 avril 2008 6 19 /04 /Avr /2008 10:46

MÊME, NOUS.


Nous vivons en étroite connivence d'esprit. Nous pensons à peine différemment. Pour un peu, nous nous retirerions mutuellement les mots de nos bouches respectives. Nous remplissons les mêmes formulaires, les mêmes listes de courses, les mêmes mots fléchés, les mêmes salles d'attente, les mêmes stades, les mêmes lieux à la ronde. Nous nous inscrivons dans une grande fraternité appelée « mondialisation ». Nous nous reproduisons à l'identique en forniquant sur des draps immaculés. Notre sperme est interchangeable. Nous prononçons chaque jour les mêmes mots, parfois dans un même ordre, parfois dans un ordre différent. Nous avons appris à confectionner des phrases qui sont le ciment de nos pensées communes. Nous nous partageons le plus équitablement possible un espace dans lequel nous respirons et expirons à une cadence égale. À un bouton près, nous portons des chemises similaires. Nous nous ressemblons tellement qu'il nous arrive de nous prendre l'un pour l'autre. Nous pensons que les différences de tous ordres dont certains veulent nous affubler ne sont en réalité qu'autant de tentatives maladroites destinées à nous dresser les uns contre les autres. Nous sommes fondamentalement semblables, autant physiquement que mentalement. Les nuances qu'on pourrait relever ne remettent pas en question nos similitudes profondes de bipèdes humanoïdes à cerveau pensant. Nous marchons, nous courrons, nous roulons à bicyclette, en scooter, à moto, en voiture, en fauteuil roulant, en trottinette, nous prenons le train, le métro, le tram, l'avion, le bateau. Nous nous déplaçons tous d'un point à un autre. Nous mangeons, buvons, déféquons, roupillons, copulons, travaillons, jouons, temps-librions. Nous sommes d'un monde ancien qui nous colle aux semelles. Nous inventons les mêmes outils, habitons les mêmes demeures, regardons les mêmes films, lisons les mêmes livres, écoutons les mêmes musiques, assistons aux mêmes spectacles, votons les mêmes irresponsables politiques, aimons les mêmes femmes, les mêmes enfants,. Nous sommes pareillement libres et égaux. Tous beaux et laids, grands et petits, jeunes et vieux, hommes et femmes, intelligents et abrutis, riches et pauvres, pétant la santé et malades à crever, drôles et sinistres, intellectuels et manuels, bons et méchants, guerriers et pacifistes, comiques et tragiques, philosophes et marchands. Nous sommes nos miroirs réciproques. Nous sommes la réplique exacte de Dieu sur Terre. Nous nous contenons les uns les autres. Nous sommes l'un et le multiple, je et nous. Nous sonnons aux portes pour entrer en nous-même. Nous nous échangeons. C'est du pareil au même. Du kif-kif bourricot. Du « same » à tout vent !

Alain Helissen
texte inédit

Par Alain Helissen - Publié dans : Textes
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Dimanche 16 mars 2008 7 16 /03 /Mars /2008 14:24
Un père de famille abat froidement sa femme, égorge ses trois enfants, étrangle son chien et, au lieu de se suicider dans la foulée comme il se doit, monte dans sa voiture et part aux sports d’hiver avec le plus total mépris du « qu’en dira -t-on. »
 
 
Mélanie Cramouillaud est la première femme à avoir réussi un quintuple saut périlleux arrière. Avant de se casser la nuque en retombant, elle a eu le temps d’écarter deux doigts en signe de victoire. Les juges ont un moment hésité avant d’homologuer sa performance, à titre posthume.
 
 
On le sait depuis longtemps, les rumeurs de la France profonde sont sans fondement. Aucun expert d’ailleurs n’a jamais su définir avec exactitude la profondeur réelle de la France.
 
 
Plutôt que de se rendre, le soldat Riant retourne son arme contre lui et s’écrie triomphant : En v’là au moins un que j’raterai pas ! La suite lui donna raison.
 
 
Si le taux de suicide est douze fois plus élevé en prison qu’à l’extérieur, il faut toutefois relever que les accidents de la route sont rarissimes en milieu carcéral.
 
Les voies du Seigneur sont impénétrables, même à grand renfort de vaseline.
 
 
L’invention récente du Bulldoseur permet de doser le degré de férocité des pitbulls. Si on déplore une dizaine de morts parmi ses premiers expérimentateurs, le Bulldoseur semble être aujourd’hui un instrument parfaitement fiable.
 
Pour arrondir ses fins de mots, cet écrivain se prostituait dans le Bois de Boulogne.
 
 
Une étude menée auprès d'un millier de centenaires tend à prouver que le cerveau est l'organe humain qui résiste le mieux au vieillissement, alors que les parties génitales sont les premières à déclarer forfait, ce qui explique la tendance qu'ont les vieillards - surtout les mâles – à bander de la cervelle.
 
Le Code de bonne conduite élaboré par le Conseil de L’Europe proscrit tout contact physique entre athlètes féminines et entraîneurs si celui-ci n’a pas pour but de développer des compétences sportives. Les plus grandes championnes ne sont pas les moins baisées dans l’histoire.
 
 
Une enquête danoise conclut que la pratique assidue du vélo réduit de moitié les risques de maladie grave ou de mort précoce, à condition d’être en bonne santé et de porter un casque.
 
Internet vous change la vie. C’est ce qu’a pu découvrir un couple de japonais en visitant un site de conseils sur le suicide. Leur témoignage ne pourra plus, hélas, être enregistré.
 
 
Il faudrait impérativement équiper de scaphandres la tribu polynésienne vivant sur l’atoll de Takuu, condamné à être englouti prochainement sous les flots, ceci pour sauvegarder un millier de chants traditionnels non répertoriés par la Sacem, y compris le célèbre Takuu ku praline.
 
 
Le gêne de la schizophrénie vient d’être identifié par un groupe pharmaceutique suisse mais son nom n’a pas été communiqué afin de préserver sa vie privée.
 
 
S’ils veulent pouvoir bénéficier de soins gratuits, les SDF anglais doivent avoir une adresse. Cruel dilemme résolu par la ville de Bristol – exemplaire, comme chacun sait, en matière de papier – qui les a domiciliés sur les bancs publics. Mis au banc de la société, ils ont l’avantage désormais d’y recevoir leur courrier. Espérons que le premier pli ne sera pas une facture pour location de banc public.
 
Devenu présentateur météo, ce médecin annonçait régulièrement des embolies sur toute la façade atlantique.
 
Elle voulait que j’l’appelle Venise. C’est tombé à l’eau.
 
 
Les téléphones portables les plus performants du marché proviennent de Croatie. Ils peuvent contenir quatre cartouches et, grâce à un calibre de 5, 6 mm, peuvent éliminer à distance tout interlocuteur gênant.
 
Un poète docile qui se reproduirait avec un poète sauvage réduirait considérablement son patrimoine génétique.
 
 
Convaincu que sa femme le trompait, un philippin lui a lancé une grenade. Croyant que c’était un os, la malheureuse a tenté de la ramasser mais le couple a éclaté en mille morceaux irréconciliables.
 
Premier allogreffé de la main (greffe de la main d’un autre individu), le néo-zélandais Clint Hallam veut aujourd’hui passer la main - à qui la voudra – Il déclare ne plus supporter cet organe étranger et décline toute responsabilité quant aux nombreuses dérives baladeuses de la main en question.
 
Un jeune homme de 22 ans a été renversé, piétiné, tué et enculé par un taureau dans les rues de Saint-Gelé-de-la-Fesse (Hérault) lors d’un « enculo » (lâcher de taureaux) en circuit fermier. Mis en examen pour viol aggravé, le taureau a expliqué son geste maladroit par une trop longue abstinence sexuelle.
 
 
Un groupe d'autodéfense a mis à sac la maison d'un pédiatre renommé du Pays de Galles qui, par distraction, avait apposé sur sa plaque "pédophile" au lieu de pédiatre.
 
De récentes statistiques indiquent que la délinquance s’amplifie fortement dans les zones rurales. Jamais autant de génisses, porcelets, juments, brebis et lapines n’avaient porté plainte pour viols, harcèlements sexuels, attouchements et autres sévices. La palme revient aux vaches qui, dans certaines régions, ont beuglé au génocide face à l’indifférence des pouvoirs publics qui les ont simplement déclarées folles.
 
 
Grâce au progrès considérable des recherches en matière de génétique, chacun peut aujourd’hui reconnaître les siens, même sans regarder le numéro qu’ils portent dans le dos.
 
Comme le disait déjà Achile Zavatta : plus on est de clones, mieux on rit !
 
 
Le sergent Gueule d’Anus a rappelé énergiquement à tous les pédérastes de sa compagnie qu’ils n’avaient pas à viser systématiquement le trou de balle des ennemis. Il a précisé qu’une attaque digne de ce nom ne se faisait jamais par derrière mais toujours de face.
 
 
Un dentiste italien s’est vu condamner à quatorze mois de prison par la Cour de Castration pour avoir tâté de manière fourbe la cuisse de son assistante. L’accusé a vainement expliqué qu’il voulait juste récupérer la roulette avec laquelle l’assistante était en train de se masturber.
 
 
Les deux meurtriers d’une anglaise abattue en août 2000 pour lui voler sa montre Rolex ont écopé de la prison à vie. Ils auront toutefois la satisfaction de pouvoir regarder tourner sereinement les aiguilles de leur montre, garantie à vie.
 
 
En vieillissant, les romanciers craignent avant tout la ménoprose.
 
 
Une douzaine de chinois qui festoyaient dans un appartement du 11ième arrondissement ont décidé, pour finir une soirée déjà bien arrosée, de manger chinois. Face à un frigo vide, ils ont entamé l’un d’entre eux à coup de hachoir.
 
 
Les palestiniennes préfèreraient que les israéliens qui viennent bander à Gaza utilisent des préservatifs plutôt que de pratiquer la technique du retrait (appelée aussi tech-nique en arrière), jugée plus risquée.
 
 
On a lu des haïkus nus sur les plages !
 
(extraits d'un manuscrit inédit "Faits divers rigoureux - datés du jour de ponte".)
Par Alain Helissen - Publié dans : Textes
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Dimanche 16 mars 2008 7 16 /03 /Mars /2008 14:17
JE SAIS J'ETAIS JE VIENS
 
 
J'essaie j'avais
je crois trois mois
d'essai je vais
je viens je sais
c'est pas à pas
c'est juste un pas
de plus c'est
une histoire à
moi c'est une java
qui va et
puis s'en va
histoire de dire
qu'elle était là
 
je sais j'étais
je viens j'essaie
le tourniquet
qu'est là en face
de moi c'est une
question de bon
sens à tourner
c'est l'envers
ou l'endroit
ça dépend
ça s'épand
se répand
loin devant
 
D'essai je sais
j'avais trois
mois mon moi
par trois je crois
mais un moi
par trois vas-y
voir toi
c'est quand arrive
la fin du moi
qu'il reste encore deux mois
derrière moi
quoi faire
avec ça ?
 
je vais je crois
j’essaie j’avais
pas prévu ça
ma mama
dans l’coma
piles à plat
trois petits jours
et puis s’en va
sans un ava ava
c’est pas des façons ça
d’quitter mon moi
c’est l’genre de cinéma
qu’mon moi n’apprécie pas
 
Pas à pas je sais
ce qu’il en est
du bout d’essai
rideau tiré
je crois adieu
mon moi
 


Paru dans La Grappe N°59 ; janvier 2004.
Par Alain Helissen - Publié dans : Textes
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Dimanche 16 mars 2008 7 16 /03 /Mars /2008 14:02
Alain HELISSEN
 
Correspondances Gertrude Stein – Gary Cooper
(extraits de “My life on horseback”)
 
 
 
 
 
Paris, octobre.
 
 
Cow-boy,
 
Je n’ai pas, comme vous, l’attrait de la Prairie et encore moins l’envie d’enfourcher un cheval pour y aller paître. Je me sens bien mieux en la compagnie d’artistes déjantés. J’en côtoie ici de fort originaux, pas plus parisiens que moi.
Hier j’ai bu l’absinthe avec Guillaume Apollinaire, un poète à la peau lisse qui fait glisser ses vers avec une souplesse incomparable. Il fabrique aussi ce qu’ils appellent ici des calligrammes. J’en ai goûtés quelques uns. Un vrai délice. Passé le plaisir de l’œil cela fond sous la langue et garde au palais un arrière goût de framboises sauvages.
Ne comptez pas sur moi, cow-boy, pour une chevauchée nocturne en votre compagnie. Elle ne m’apporterait que des désagréments. Je vous propose plutôt de venir me rejoindre à Paris. Je vous présenterai à mes amis artistes. Je suis sûre qu’ils apprécieront votre démarche chaloupée et votre grâce naturelle. La plupart d’entre eux ne comprennent pas l’anglais même s’ils refusent de l’admettre. Vous pourrez leur raconter n’importe quoi. Ils croiront que vous les flattez à l’encolure. Nous pourrions faire un pique-nique dans le Bois de Boulogne en décor 100% naturel. Je vous concocterai des sandwichs parisiens. C’est de la baguette fraîche garnie de beurre et de jambon. Une délicatesse.
Prévenez-moi.
Votre
Gertrude.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
New-York, décembre.
 
 
Gertrude,
 
Vous ne comprenez pas.
Je n’ai nullement l’intention de me compromettre avec votre bande de pistoleros. Le temps de la figuration est fini pour moi. Si vous n’avez pas écho de mes avatars cinématographiques, sachez que les plus grands réalisateurs font désormais appel à moi et pas seulement pour des rôles à cheval. J’ai eu la vedette dans A Farewell to Arms d’après le roman de notre ami Ernest Hemingway. Un triomphe !
Vraiment pas envie de venir m’enterrer dans votre quartier latin. Je crois que si vous persistiez dans vos égarements, il me faudrait interrompre notre correspondance. Je ne vois plus comment vous ramener à la raison.
Dieu vous vienne en aide !
Adieu.
Gary.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Janvier dans l’Ain.
 
 
J’ai quitté Paris pour m’installer à la campagne avec ma compagne Alice. Je vous joins là quelques extraits inspirés par ce séjour bucolique. (°)
 
Plus vous connaissez la campagne moins vous êtes surpris qu’ils ferment leur porte. Les femmes font cela en tout cas même si elles feraient mieux de ne pas le faire.
 
Il y a beaucoup d’endroits où tout le monde est marié même à la campagne, certains ne le sont pas. Pensez donc que même à la campagne certains ne le sont pas.
 
L’Anglaise ne l’était pas. Elle n’était pas mariée. Les Françaises ou bien l’avaient été ou bien allaient l’être, mais l’Anglaise ne l’avait jamais été ni ne le serait.
(…)
 
Et vous
Marié ?
 
Pensées et oiseaux
Gertrude
 
(°) extraits du texte Un piano et une chute d’eau.(1936) Traduction de Jacques Darras.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Au ranch, 20 février.
 
 
Cette retraite au vert me plaît mieux. A défaut de cheval, procurez-vous un âne. Bien que têtus, ces animaux sont attachants. Plus vous les connaissez moins ils ferment leur porte. Pensez donc que même à la campagne, certains ânes ne sont pas mariés.
Moi
Marié ?
Je crois bien.
 
Votre
Gary.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Hier et aujourd’hui.
 
 
Je m’aperçois que vous commencez à me plagier. C’est plutôt un honneur pour moi et je vous invite vivement à vous laisser aller dans ce sens. Vous verrez, l’écriture peut vous emmener plus loin que votre cheval, à condition de ne lui indiquer aucune direction. Un jour, vous m’aviez dit : Un bon cheval est un cheval qui sait prendre le train en marche. Ce train là, cela peut être celui de l’écriture.
N’hésitez pas.
Sautez, mon jeune ami !
Je vous lirai plus tard.
Même à la campagne.
 
Votre
Gertrude.

Paru dans Action Poétique N°186 ; décembre 2006.
Par Alain Helissen - Publié dans : Textes
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Dimanche 16 mars 2008 7 16 /03 /Mars /2008 13:56
On joue tout seul
– extraits –
 
 
 
On joue joue contre joue
Son p’tit bijou dans un frou-frou
 
On joue donnant donnant
Un corps à corps frustrant
Sur matelas filtrant
 
On joue point com
Subject from me to you
Tu you
Avec moi
A yu dada ?
 
On joue franco de portable
T’es où ?
D’où tu viens ?
Tu vas où ?
 
Tu doutes de quoi ?
Tu m’captes là ?
Je t’entends pas
Fais trois pas
 
(Son s’en va
Pile à plat)
 
 
 
 
Ecoutant ça
(je sais j’étais je viens)
 
J’essaie j’avais
je crois trois mois
d’essai je vais
je viens je sais
c’est pas à pas
c’est juste un pas
de plus c’est
une histoire à
moi c’est une java
qui va et
puis s’en va
histoire de dire
qu’elle était là
 
Je sais j’étais
je viens j’essaie
le tourniquet
qu’est là en face
de moi c’est une
question de bon
sens à tourner
c’est l’envers
ou l’endroit
ça dépend ça s’épand
se répand
loin devant
 
D’essai je sais
j’avais trois
mois mon moi
par trois je crois
mais un moi
par trois vas-y
voir toi
c’est quand arrive
la fin du moi
qu’il reste encore deux mois
derrière moi
quoi faire
avec ça !
 
Je vais je crois
j’essaie j’avais
pas prévu ça
ma mama
dans l’coma
piles à plat
trois petits jours
et puis s’en va
sans un ava ava
c’est pas des façons ça
d’quitter mon moi
c’est l’genre de cinéma
qu’mon moi n’apprécie pas
 
Pas à pas je sais
ce qu’il en est
du bout d’essai
rideau tiré je crois adieu
mon moi
 
 
 
On joue son pedigree
aux abonnés absents
 
On n’a que trop
purgé sa peine
et peu le goût
d’autres déviances
 
On entretient
bon gré mal gré
son auto-thérapie
comme à vouloir guérir
de tous ces mots
noircis sur un carnet
comme autant de leçons
mal apprises
 
On joue tout seul
sa biographie
toujours livrée
succintement
(...)
On a perdu son nid
et comme coupé ses ailes
avant la migration
On a raté le dernier car
de ramassage
et on serre contre soi
un billet pour nulle part
On s'écrit des poèmes
se sachant seul à lire
ses fautes d'orthographe
On joue tout seul
la fin du dernier acte
(le quatrain sifflera trois fois)
 
Alain Helissen
IMG 8818-copie-1
On joue tout seul, Alain Helissen
éd. Corps-Puce
156 pages ; 12€ (port en sus : 1,80€, sauf hors France : me contacter le cas échéant)
Commande chez l'auteur.
alain.helissen@live.fr


Par Alain Helissen - Publié dans : Textes
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Dimanche 16 mars 2008 7 16 /03 /Mars /2008 13:43
IMG_0001--1600x1200--copie-1.jpg
Alain HELISSEN
 
Hygiène
éd. de la Victoire
236 pages ;
12 euros (+ 2€ de participation aux frais de port)
Commande à l'auteur
alain.helissen@live.fr
IMG 5610
couverture et pages de garde : création originale de Hubert Saint-Eve
Du 27.11.76 au 27.11.78, soit exactement deux ans, Alain Helissen s'est livré à un travail d'écriture conçu comme une hygiène quotidienne:une toilette écrite de l'esprit. Sur la base retenue de dix lignes par jour s'est ainsi constituée une fresque autobiographique amenant l'auteur à interroger la fiction de la vie en ses débordements écrits.
Hygiène, faux journal mais roman vrai, de ceux dont l'écrivain reste le personnage central. Ce livre a l'ambition d'enfreindre les règles élémentaires de la narration. Son désordre classé témoigne de sa mobilité. Ce livre multiplie les histoires en racontant aussi la sienne. Toute ressemblance avec des personnes ou des événements ayant existé est possible.
C'est là le premier ouvrage d'Alain Helissen, publié en 1982 aux éditions de la Victoire, devenues aujourd'hui VOIX éditions/Richard Meier. Trente ans après, il reste encore quelques exemplaires disponibles.Hygiène fut aussi l'un des tous premiers livres édités par Richard Meier, à la suite de la revue FAIX,dont il fut l'un des co-animateurs et l'imprimeur sur une presse de fortune qui crachait l'encre comme une vieille locomotive sa vapeur.
- extraits-
 
 
 
 
 
06027810 (+6)
 
avez-vous lu l’hydre d’eau douce en manuel
scolaire cet animal qui a pour moyen de loco-
motion la culbute ou la nage quand il n’arpente
pas le fond des mares et dont la bouche
sert aussi bien d’anus que d’entrée aux proies
capturées vous n’imaginez pas sa vie intime
je veillais tard avec au lendemain une grasse
matinée compensatoire paresse tenue au chaud
d’une literie douillette la décision à
différer de ma sortie du lit instant d’un
immense courage je m’exposais au froid
contraste des températures la matinée
était entamée de même la première tartine
aux sons des informations radio rebondis-
sements d’affaires en cours morts inédites
etc…
 
07027810 (+4)
 
mon sang faisait plusieurs tours dans mes
veines couleur d’encre monopole sens gira-
toire le cœur battait son rythme ponctua-
tions qui se recommençaient sans cesse
recommençant la phrase thérapeutique vicieuse
dont les effets s’inscrivaient circulaires
tu l’as dit Bob bouffi en marge des analyses
il y avait là matière à édifice reconstitué
à partir des traces terrain en chantier ar-
chéologique d’un dépucelage acharné attentats
successifs suivis de rares retours d’encre je
visitais d’un crayon la mémoire de l’enfance
sublimation ce passage de l’état solide à
l’état gazeux
 
08027810 (+6)
 
chapitre densité comme « une écriture dense »
compliment touffu vous aimez les hommages qui
vous sont dus pots-de-fleurs parfumées âme et
conscience telles sont les deux mamelles de
votre personnalité grand écran blessure dans la
bouche là où le dentiste m’avait extrait une
énorme dent dite de sagesse il n’était plus
qu’une cavité ensanglantée – le sang se mélan-
geait à la salive – deux fois dans la journée
je prenais un bain de bouche des pilules aussi
contre la douleur ne pas administrer en dessous
de douze ans mon coefficient de mastication ne
s’en trouvait pas considérablement réduit puis-
que me disait le chirurgien dentiste les dents
de sagesse n’aident pas à la mastication (un
trou quand même dans l’arrière bouche…)
 
090278 (+4)
 
et maintenant mêmes escales entre les-
quelles la lecture était moins suivie les
yeux se détachaient facilement des pages
l’événement commandait ailleurs la main
traçait le corps à tâton aire de jeu
vous savez les choses changent beaucoup
même si elles gardent le même nom cela
tient à des transformations vous avez vu
se développer les productions du bist
einfach da und das ist gut
voilà
voilà
voilà
la chaîne
 
10027810 (+6)
 
n’écoutez pas aux portes le bruit des prépa-
ratifs dispersez-vous mouvements des marées
le hasard emportait parfois des victimes
vous cherchez bien entendu à vous tailler
la part du lion à lion lion et demi vous
n’avez pas les crocs de l’emploi qui vous
a appris ténacité mensonge outrecuidance
feintise arrogance calomnie pègre intesti-
nale il vous faut beaucoup monnayer votre
pignon sur rue votre obésité tranquille à
peine écorchée par quelques morts subites
hygiène précaire boum boum/rada boum trou-
bles cardiaques ah tourne-broche handicaps
cornes hargneuses et dans l’obscurité
l’infime mouvement des lèvres les langues
se rapprochaient cinématographie
 
11027810 (+4)
 
qui affectait considérablement l’environnement
malgré la limitation des rejets je me réjouis-
sais de composer en eau trouble voire polluée
cacaphonie je ne souffrais aucun col de che-
mise boutonné pris à la gorge même innocent
les mains pleines interné en asile linguis-
tique envoyez quelqu’un qui puisse vous préparer
le terrain avocat vous bondissez toujours de
la même manière réflexes conditionnés mêmes
cohabitations meute hurlante professions
de foi plus ou moins rassurantes cuisine
collective vous mangez à la cantine
candide
et tout et tout
 
12027810 (+6)
 
lentement après les dernières informations
je me levais du fauteuil complice moelleux
des heures du soir stagnantes culturelles
au possible et l’hiver à la porte sans
équivoque manteau blanc la poudreuse était
là tenace en quelque sorte la situation
d’homme bloqué en son logis m’allait bien
je pouvais organiser l’habitat tenir l’inté-
rieur de la coquille au chaud lignes conflu-
entes épaississant le lait maternel deux
sucres dites-vous dosage normal rien de tel
qu’une boisson chaude accompagnée de gâteries
exemple gâteaux secs amuse-gueules quoi vous
avez le loisir d’agrémenter la chose offrez
un digestif votre épanouissement viendra
        le buffet est fourni –
 
13027810 (+6)
 
néanmoins troublant le contact de l’épiderme
sensualité affleurante sommaire frugal dans
l’intimité libéré de mes vêtements je me
déplaçais entre les meubles pipe en bouche
contentement placide je me véhiculais ainsi
à travers la maison exercice accaparant des
travaux ménagers quand j’en venais à bout je
réglais la chaise-longue position presque
horizontale relaxation bienfaisante le baro-
mètre remontait vers l’adolescence souvenirs
infatigables qui s’imposaient profitant de ma
nonchalance situations imaginaires nouvellement
vécues la représentation battait son plein et
ses déliés qu’as-tu fait dis toi que voilà
rêvant sans cesse qu’as-tu fait dis toi que
voilà de ta peau d’fesse
14027810 (+3)
écriture glissante gluante la glace ne
fondait pas donnez nous votre opinion
personnelle vous êtiez tout petit déjà
dictant vos volontés malgré l'autorité
parenbtale pont suspendu entre père et
mère hygiène pour effacer quelque lapsus
révélateur un nom s'inscrivait sur un
autre faux tétons
du soleil
du travail
de la patience
si le grain ne lève
alors la mauvaise graine
(...)
Observation : Les chiffres indiquent, dans l'ordre, la date du jour, 10 lignes et, entre parenthèses, le nombre de lignes dépassant (ou n'atteignant pas) les 10 lignes prévues.
 
Par Alain Helissen - Publié dans : Textes
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Dimanche 16 mars 2008 7 16 /03 /Mars /2008 12:35
CHANGEZ TOUT !
 
Changez de peau
Changez de pôle
Changez de taule
 
Changez de sol
Changez de rôle
Changez de trône
Changez Paule
Changez à La Baule
Changez votre fusil d’épaule
Changez de neurones
Changez d’ozone
 
Changez de loi
Changez de poids
Changez de proie
Changez un deux trois
 
Changez de trottoir
Changez d’armoire
Changez d’histoire
Changez sans voir
Changez sans gloire
Changez pour voir
Changez de répertoire
Changez de suppositoire
Changez Grégoire
 
Changez de comportement
Changez radicalement
Changez éperdument
Changez sauvagement
Changez étonnamment
Changez fermement
Changez brièvement
 
Changez d’appartement
Changez vos derniers francs
Changez de président
Changez de déodorant
Changez vos sentiments
 
Changez votre vision du monde
Changez votre vison immonde
Changez pour deux blondes
Changez tout à la ronde
 
Changez de CV
Changez de CB
Changez de PQ
Changez de TV
 
 
 
Changez de WC
Changez de PC
Changez de PS
Changez d’UMP
Changez d’ULM
Changez d’HLM
 
Changez d’SOS
Changez d’SMS
Changez de RMI
Changez de VTT
 
Changez de sexe
Changez votre carnet d’adresses
Changez de fesses
 
Changez de file
Changez de profil
Changez de régime
Changez Régine
 
Changez de look
Changez de book
Changez de bouche
 
Changez d’alimentation
Changez vos perceptions
Changez toutes vos rations
Changez de religion
Changez de position
Changez d’excitation
Changez de promotion
Changez de camion
 
Changez de litière
Changez devant/derrière
Changez de théière
Changez de caractère
Changez vos roues arrière
Changez d’air
Changez de mère
Changez de père
Changez de sphère
 
Changez d’âme et de corps
Changez de décor
Changez encore
De clefs
De volets
De papiers
De cachets
 
Changez d’attitude
Changez d’altitude
Changez d’habitude
 
Changez de chemise
Changez d’assise
Changez de balise
Changez de valise
Changez Anne-Lise
 
Changez d’appât
Changez de matelas
Changez même si ça va
 
Changez de parti
Changez vos parties
Changez de patrie
Changez d’ennemi
Changez de vie
 
Changez de voiture
Changez de coiffure
Changez de confiture
Changez de manucure
Changez-vous à Saumur
Changez vos crayons durs
Changez dès que ça dure
Changez d’aventures
Bon sang mais c’est bien sûr !
Changez Ben-Hur
 
Changez dare-dare
Tout le bazar
Vos pièces rares
Votre air hagard
Votre hangar
Vos buvards
Vos cigares
Vos vieux Babars
Vos rêves anars
 
Changez vos cartes
Changez Descartes
Changez de tarte
Changez tante Marthe
 
Changez de métro
Changez de boulot
Changez de dodo
Changez de sac à dos
Changez illico presto
Changez sol la si fa si do
 
Changez vos cycles
 
Changez de braquet
Changez d’identité
Changez de liberté
Changez d’égalité
Changez de fraternité
Changez d’éternité
Changez d’actualité
Changez de virginité
Changez de liquidités
 
Changez de taille
Changez d’entrailles
Changez vaille que vaille
Changez sans faille
 
Changez d’huile-moteur
Changez d’fer à vapeur
Changez d’masseur
Changez d’initiateur
Changez d’enfants de chœur
Changez de fournisseurs
 
Changez d’ancêtres
Changez vos guêtres
Changez de thermomètre
Changez à Kremlin Bicêtre
Changez de fenêtres
Changez d’être
Changez de paraître
 
Changez de rêves
Changez de sève
Changez de grève
Changez c’qui lève
Changez d’élèves
Changez de solfège
Changez de manège
 
Changez de terminal
Changez d’animal
Changez à carnaval
Vos pulsions libidinales
Vos érections matinales
Vos dilatations vaginales
Vos positions bancales
Vos envies de bananes
Vos tenues trop banales
Votre ami marsupial
 
 
Changez du tout au tout
Changez de toutou
Changez de trou
Changez d’embout
Changez d’atout
Changez de mou
Changez de bout
 
Et pour le coup
 
CHANGEZ TOUT !
CHANGEZ TOUT
CHANGEZ TOUT
 
Alain Helissen
Par Alain Helissen - Publié dans : Textes
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Dimanche 16 mars 2008 7 16 /03 /Mars /2008 12:26
Babel-Gougeul sur Sarre
 
 
Au-delà baie
vitrée tours à tours
copiées-collées et
lancées droites debout
partout
partout sans bout
qu’un autre bout
recommencé
bas et haut confondus
ciel et terre à l’envers
 
Au-delà encore
l’au-delà et jours
comme nuits lumières
jamais éteintes
flashs rouges feux
clignotants pousse-
toi j’appuie j’allume
l’écran d’arrêt
pour tous laissez
passer l’image
 
Au-delà clique
sur méga monde
et flippe en le voyant
s’ouvrir et qui circule
plein-mots analytiques
moteur je marque
enfonçant la souris
Babel-Gougeul sur Sarre et
j’attends le tirage
 
Les termes de recherche spécifiés – Babel-Gougeul sur Sarre – ne correspondent à aucun document.
Suggestions :
·       Vérifiez l’orthographe des termes de recherche.
·       Essayez d’autres mots.
·       Utilisez des mots plus généraux.
·       Spécifiez un moins grand nombre de mots.
 
Autres mots mais moi
j’habite pas d’autres
mots que ceux là
Babel-Gougeul
sur Sarre
« Des mots plus généraux »
m’emporteraient ailleurs
« Un moins grand nombre de mots »
couperait mes racines
 
Au-delà emmêlés
les boyaux de la langue
et troués aplatis
jetés sur la rocade
où passent accélérés
les mots express
d’une dictée commune
Attachez vos ceintures
Détendez-vous
 
Au-delà de la Tour
prenez à votre droite
Babel Centre
évitez de vous garer
dans la confusion générale
filez toujours tout droit
répétez après moi
filer toujours tout droit
filer toujours tout droit
 
Et vous arriverez
chez moi pas au-delà
de Babel-Gougeul sur Sarre
ça s’écrit bien comme ça !
 
Alain Helissen
 
 
 
 
Par Alain Helissen - Publié dans : Textes
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Présentation

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  • Le blog de Alain Helissen
  • : BLOG littéraire, ascendance "poésie". Vous y trouverez une présentation des ouvrages d'Alain Helissen mais aussi des ouvrages publiés dans la collection "Vents Contraires" qu'il anime chez VOIX éditions/Richard Meier. Actualités également du cycle de rencontres poétiques "Pontiffroy-Poésie" à la médiathèque du Pontiffroy à Metz. Et infos diverses.Liste des recueils et revues chroniqués.
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