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21 février 2008 4 21 /02 /février /2008 15:49
 
Le rappel des titres, c’est, sur les chaînes T.V. ou sur les stations radio diffusant des informations en continu, la répétition en boucle des titres d’actualité du jour. Mais ici, il est question surtout de la répétition forcenée d’un « vous » envahisseur, figure de l’autre autant que de soi-même, bouc émissaire coupable de tous les mots/ maux de la tribu. Vous – en gras dans le texte faites donc partie de ce livre. Vous voilà prévenu.
 
 
 
Editions Les Deux-Siciles
Collection « le décret acoustique » 
8, avenu Hoch 
77330 Ozoir-la-Ferrière
ISBN : 978-2-84991-0000012-00
80 pages ; format 15 x 21
Prix : 10 € (rajouter 1 € pour participation aux frais de port)
Commande à l'auteur.
 
Alain Helissen est né en 1954. Il dirige la collection de poésie Vents Contraires chez VOIX éditions et collabore, en tant que chroniqueur, à plusieurs revues. Il co-anime depuis mars 2007 le cycle de rencontres poétiques « Pontiffroy-Poésie » à la médiathèque de Metz-Pontiffroy. 

-extraits-

vous
suivez depuis long
temps un régime médiatique
qui vous a dé
lesté déjà de vingt ki
los bien pesés d'o
pinions personnelles

Vous
êtes prêts à entrer
en guerre contre tout ennemi
désigné au journal de vingt heures

Vous
vous faites donneur de le
çon bien apprise

Pour un peu

vous allumeriez la mèche !

(...)

Vous
clamez une obstruction
alors même que
la partie ne fait
que commencer

Vous tré
buchez dans vos phrases

Vous cher
chez en vain
la potion magique
qui vous gué
rirait de tous vos mots

( l'art y tisse ses toiles qui voudraient capturer le réel, l'encadrer pour la postérité, authentifié une fois pour toutes)

(...)


Article de Gilbert Desmée publié sur le site d'Encres Vagabondes : http://www.encres-vagabondes.com/magazine/helissen.htm

Voilà une écriture singulière qui fait résonner intensément la polysémie des mots et avive l'ensemble d'assertions d'humour. Une voix qui chante fort et qui se met en bouche de manière bien agréable. Dans le silence de la lecture, je me suis mis à penser à Gherassim Luca et à Jean-Pierre Verheggen ( mais même si A. Helissen a commis un recueil avec ce dernier : Metz in Japan, éd. VOIX, 2005), cela est bien du alain Helissen dans toute sa singularité.
Suivant le travail d'Alain Helissen depuis de nombreuses années, je reste très attaché à cette façon qu'il a de visiter notre vie sans avoir l'air d'y toucher, sans avoir l'oeil rivé au compteur (il s'en passe tellement), mais avec pertinence. En voici un petit extrait :

Vous
surfez sur l'écran

Internaute-toi de là
Que j'my net'
Et sans bavure !


Le monde est gru
yère offert
aux souris

Vous
vous
y infiltrez
vous
en explorez tous les dédales

Vous avez prise
sur toute la connaissance humaine

Vous êtes sur un dépôt planét
aire de savoirs et de techniques
(...)

On jouit des mots à la lecture, on se les met en bouche, on les fait sonner et leur musique rythmée par le découpage nous enchante. On a le sentiment d'être devant une gourmandise que l'on s'empresse de déguster avant de se la faire enlever. Cela va trop vite, alors on y retourne.

G.D. 20/02/08.

Article de Bruno Fern publié sur le site "Poézibao", avril 2008.

Intitulé Le rappel des titres, le dernier livre d'Alain Helissen se place donc d'emblée à la fois sous le signe de la reprise, du ressassement, et de l'écho, dans la voix singulière du poème, de l'universel reportage. Ici ces deux pôles se rejoignent dans ce que l'auteur désigne lui-même comme la répétition forcenée d'un « vous » envahisseur, figure de l'autre autant que de soi-même, bouc émissaire coupable de tous les mots / maux de la tribu *.
A travers une série de textes aux vers courts et à la coupe abrupte - qui provoque souvent des effets de surprise en déstabilisant la lecture - ce pronom personnel central renvoie alors autant à l'auteur qu'à son double, emportés tous deux par la langue de l'époque et cherchant avec énergie à lui résister :

Vous
convoquez votre prose dé
roulée comme un fil
barbelé

Cette résistance passe nécessairement par un travail de l'écriture qui, dans le cas présent, fait feu de tout bois, loin de toute sacralisation, en n'hésitant pas à recourir aux pirouettes les plus diverses :

Art hétéroclite
Irrespec
tueux de l'inventaire chronologique
des fastes picturant
par les siècles répertoriés
sur papier gla
cé pas moins de vingt tomes
de Savoie
et d'ailleurs

Au passage, on peut noter qu'A. Helissen fait souvent usage de la rime, forme mêlant évidemment répétition et décalage :

Vous
pensez courbe
épinglez fourbe
finissez tourbe

En alternance avec cette prose hachée, une suite de « dialogues » reprend autrement la recherche d'une identité, même si cette dernière peut, de façon apparemment paradoxale, correspondre davantage à un effacement qu'à une affirmation close sur elle-même :

- Parfois, on le surprend à mesurer la dimension cachée des choses, à penser le rien, à s'effacer en tant que sujet devant le néant du monde.
- C'est du cacaboudhisme primaire.
- Il dit qu'apprendre à méditer sur le rien, c'est apprendre à mourir.
- Je préfère apprendre à vivre en méditant sur le Tout.

Enfin, un sommaire sommaire vient rappeler des « titres » qui ont de grandes chances d'être passés inaperçus tant ils sont peu différenciés du corps des textes et, de ce fait, constitue une invitation lancée au lecteur pour qu'il revienne sur ses pas, lui aussi à la recherche d'

Une phrase
qui resterait sus
pendue bien a
près le spectacle
dans la mémoire
de tous

Bruno Fern

* : Ces reprises correspondraient à de multiples tentatives - forcément jamais achevées - de constituer un sujet par l'écriture : « Telle serait, en effet, la double origine du ressassement : impossibilité pour le sujet ou bien de s'approprier soi-même, à travers les objets qui l'obsèdent, ou bien de s'approprier l'autre, à travers le texte qui résiste. » (Bernard Vouilloux, Po&sie n° 93, octobre 2000).


Alain Helissen, Le rappel des titres, éditions Les Deux-Siciles (8, avenue Hoche 77330 Ozoir-la-Ferrière), 10 €.

article de Patrice Maltaverne, publié sur le site plexus-s et dans le Mensuel littéraire et poétique N°360 mai-juin 2008 (Bruxelles). Des extraits du livre sont visibles sur le même site plexus-s.

« LE RAPPEL DES TITRES », d'Alain HELISSEN, Editions Les deux Siciles, Daniel Martinez, 8 avenue Hoche 77330 OZOIR-LA-FERRIERE, 10 €

 

D'emblée, la forme choisie par Alain Hélissen pour l'écriture des poèmes du « Rappel des titres » éclaire le lecteur sur le fond du recueil.
Il convient toutefois de préciser que les illustrations d'Alain Buhot, qui répondent aux textes publiés, n'ont pu être reproduites ici, ce qui ne permet pas de rendre compte entièrement de la collaboration fructueuse qui s'est engagée entre les deux personnes.
Cependant, le constat précèdent reste valable : dans cette société du spectacle de plus en plus désincarnée, et qui hélas pourrait bien ressembler à la nôtre, il est crucial, pour mieux cerner et singer notre aliénation, de montrer que la forme devient plus importante que le fond, le tout et son contraire étant affirmés sans que quiconque ne s'en émeuve : « Vous / y allez de votre cou / plet d'ex / cité de la glotte / tranchez dans le gras des sentences / écartez le blanc du noir / le vrai du faux / le juge de l'assassin / Thérèse d'Avila / Milou de Tintin ! »
Alain Hélissen s'emploie donc à ce démontage en règle, dans un ton neutre mais efficace, à travers une succession de poèmes débutant toujours par Vous, dont les vers sont coupés très vite, et même souvent les mots, usés par des jeux qui dans ce contexte, n'amusent guère.
Une sensation d'émiettement de la pensée, par conséquent, s'en dégage, qui contribue à rendre les cancers de l'esprit moins graves, le fait que par exemple, la fiction douceâtre intéresse plus que la réalité sanglante, ou que l'au-revoir précède le bonjour.
Ainsi ces poèmes cruels semblent être adressés en priorité aux victimes consentantes de la société de consommation, notamment médiatique, par une sorte de démiurge déshabilleur, même si au delà de l'apparence, personne n'est dupe, car il s'agit là de la partie lucide de soi qui s'adresse à l'autre, la contrainte socialement et qui livre un bilan personnel peu positif : « Vous pointez seul l'inven / taire de vos pertes ».
Malgré tout, surviennent de temps à autre quelques possibilités d'échanges, qui constituent autant d'interludes, d'espaces détente.
Mais ces derniers, écrits en italique, brillent surtout par leur vacuité intérieure, car à aucun moment, en vérité, un dialogue n'existe. Ce qui est dit n'est que « Le rappel des titres », phrases presque journalistiques, dictons déformés, comptines juxtaposées, séquences prêtes à être digérées en raison de leur caractère péremptoire - « - Une vraie tête de somme / - J'aime mieux les philo-soft » - et qu'aucun être vivant ne contredira autrement qu'en les contredisant.
Ce no man's land sans passion - « Vous / a t-on dit / combien d'artistes / lavent encore aujourd'hui / leurs toiles avec / génie sans bouillir ? » - devrait nous amener à considérer notre monde avec moins de respect, ou du moins sous l'angle d'une prestation de services facturée par rubriques, dans laquelle la thèse coûte aussi cher que l'antithèse et vice-versa, et où la synthèse ne peut s'obtenir que toutes taxes comprises.
Loin d'en rester à une vision de la poésie sans prise sur le réel, la poésie d'Alain Hélissen excelle à tirer son supplément d'âme d'un monde sans âme, et ainsi à nourrir notre révolte permanente.

  Patrice MALTAVERNE



Pierre Lévis a lu le rappel des titres :

Ce livre m'a produit une forte impression. Je relève cet usage tout particulièrement singulier dans un poème du Vous. C'est le Vous qui traditionnellement interpelle, accuse, mais ne demande aucune explication, c'est le Vous qui ordinairement ne donne pas voix à la défense, c'est le Vous performatif qui fait advenir ce qu'il dit juste parce qu'il le dit.

 

 

Ce qui donne une efficacité redoutable à ce texte, c'est que ces mises en demeure, ces sommations sans cesse recommencés : le rappel des titres, sont utilisées ici précisément pour dénoncer le danger du matraquage médiatique, il y a une espèce d'effet d'entraînement entre le fond et la forme de nature incantatoire voire quasi hallucinatoire.

courriel du 21/04/2008 


article de Daniel Brochard publié en ligne sur http://ngc581.hautetfort.com
"Le rappel des titres", Alain Helissen

Dans ce recueil, Alain Helissen se lance à sa façon dans « Le rappel des titres » en martelant un « vous » comme une incantation. Helissen fait de nous les sujets et les spectateurs d'une alchimie traitée comme un collage. La force du recueil tient notamment par le travail effectué sur les mots, avec l'exigence du sens, du message sous-entendu, mais aussi dans la dénonciation de nos travers : la gestion de l'actualité met bien souvent en lumière nos obscurcissements, nos limites. « J'ai renvoyé toutes mes idées reçues à leurs expéditeurs » : le Je qui revient dans les textes en italiques contraste avec le Vous des autres poèmes et renvoie à l'identité même du poète en tant qu'auteur et personnage social. Ce visage est bien trop souvent invisible et passe inaperçu dans le flux des images et de l'information : « Et votre image là / en pleine lucarne / d'un geste sec / vous la zapper / comme un autre vous-même ». Le poète est bien témoin anonyme de tous ces silences et de ces manques, et à lui de crier : « Vous / cherchez à me faire / taire quand j'énonce / avec force mon indignation / mon état de révolte permanente ». Cette parole fragile s'oppose à la massive présence d'un discours officiel et conventionné qui la plupart du temps ne fait qu'effleurer le réel ; le poète lui se permet « quelques écarts de langage / avant / dis / s / o / l / u / t / i / o / n ». Le vous est accusé d'inventer « un monde contrefait / aux motifs caricatu / raux » quand le poète dénonce : « vous / suivez depuis long / temps un régime médiatique / qui vous a dé / lesté déjà de vingt ki / los bien pesés d'o / pinions personnelles ». Nombre des poèmes d'Alain Helissen sont de facture dadaïste comme ces vers encadrés : « PRIX TTC / LA PROMOTION DE LA / SEMAINE ». Mais il ne s'agit pas tant de casser que de marteler un message, de réaffirmer la présence de l'Art et de la poésie au sein de la parole. Et l'Art ne serait-il pas l'ersatz par lequel le créateur entend peser sur le monde ? « Les fleurs peintes ne sentent pas aussi bon que celles du jardin / (...)/ l'avantage c'est qu'il n'y a pas besoin d'les arroser », confie l'auteur. Si Alain Helissen évoque les travers de l'information - ceux de notre horizon imaginaire en fin de compte - il sait aussi les dissolutions de la parole et les doutes inhérents à celui qui écrit : « vous marchez nu / sur des débris de vers cassés ». Et lui de remarquer « vos retards de croissance / votre manque d'assurance / vos déboires de créance »... On pense encore à Dada dans ces vers : « N'en jetez plus / Tirez la chasse / (...) / gagnez du temps / écrivez FIN / et / dis / pa / rais / sez ». ou encore « Prolétaires de tous les pays / Connectez-vous ! » Alain Helissen s'avance avec beaucoup de lucidité dans l'univers médiatique mais aussi dans celui du quotidien et n'oublie pas aussi d'interpeller le poète, lui qui dispose d'une arme : celle du langage. « Le rappel des titres » dresse un tableau critique de notre rapport au monde. L'auteur s'adresse à nous par l'écran interposé du livre, décline une actualité différente remaniée dans le prisme du langage. Il nous ramène au rôle particulier de chacun ici-bas. Ce travail sur la langue et sur le sens donne envie de lire davantage de cette poésie vue et pensée par Alain Helissen.
D.Brochard

Alain Helissen, Le rappel des titres, éditions Les Deux-Siciles (8, avenue Hoche 77330 Ozoir-la-Ferrière), 10 €.


Extrait de Le rappel des titres de Alain Helissen :

VOUS
jetez
l'encre
nagez vaillant
jusqu'au quai
ce que c'est
d'écrire encore
quand le siècle infecté
se gratte de ses démangeaisons et que
connecté
VOUS
débouchez
sur les écrans qui vous guident au cœur de tous les
savoirs déposés
VOUS
communiquez
en ligne directe
avec
l'internéternel !

(Poème reproduit avec l'aimable autorisation de l'auteur)


article de Marcel Cordier, publié dans L'écho des Vosges, 30/05/05 .


Alain Helissen s'en prend à "radio égo", au journal de vingt heures, comme à la vulgarité ambiante, au siècle infecté, à "l'interneternel" et aux réseaux pensants, à l'apathie générale, au "poétop cinquante" et à la bouse du poète rural. D'où la révolte : " Prolétaires de tous pays / connectez-vous ! " N'en jetez plus / tirez la chasse". Et l'indignation du poète sarrebourgeois (né en 1954) est matérialisée par des mots et des "vers cassés". Les maux sont enrobés de jeux de mots et d'humour : signes/singes, trou de balle/annales, déneuroné et heideguerre lasse. Avec des proverbes revisités : "Qui jette la première pierre peut aussi jeter la seconde", "la vache allait par monts et par veaux". Sans oublier les Vosges dont il connaît les lacets comme ceux de ses chaussures de randonnée. En tout cas, Helissen établit un dialogue entre lui et "vous", lui et lui, lui et nous. "La poésie / c'est son fantôme / dévalant tard le soir / la page immaculée. 
M.Cordier


article de Jeanpyer Poëls, publié dans Diérèse N°41, juillet 2008.

(voir rubrique " le rappel des titres" lu par Jeanpyer Poëls")

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