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26 décembre 2008 5 26 /12 /décembre /2008 17:38

Claire nuit

A Roberto Marsupial,
à ses congénères.

 

 

Ils ont dit maintenant vous pouvez tout éteindre bohémienne aux grands yeux noirs jeter l'éponge desséchée par le jour fermer les yeux et la mémoire vous reviendra ne regardez pas plus loin passer la caravane valsez
vous pouvez tout éteindre faire le vide arrêter la musique quelqu'un viendra que vous avez connu pleurnichant ses nocturnes vous dira sait-on vraiment la trame
l'enfant est si volage la nuit vous le savez en valse lente votre médaillon bouge à peine ô beauté des ténèbres embrassées sous les arbres.
Ils ont dit le noir vous va si bien vous va comme à ceux d'une race un peu sombre portez haut leur couleur le récit se nourrit de vous faites qu'on y voit plus
Claire vous pouvez rallumer la flamme qu'elle montre auprès de vous l'amant noir aux dents blanches chaque fois qu'il sourit c'est une image à redire c'est bien Jo qu'il s'appelle
Vous pouvez parler maintenant le jour va se lever présentez-vous dites combien de pages s'écouleraient ainsi à raconter l'histoire depuis la nuit du jazz
Voyez comme en peu d'espace il a dans votre glace sa beauté laissé voir et vous vous étonnez encore de l'eau de rose coulée dessous les ponts et dans l'eau de vaisselle
Une encre noire un jeu une façon pour vous d'entretenir votre journal intime d'en parler à quelque lecteur en mal d'identification qu'à cela ne tienne réservez-vous un deuxième tome de chapitres indiscrets
Vous pouvez tout livrer plonger jusqu'au plus noir et rouge de vos entrailles vos lieux seront connus vous habitez un paysage champêtre malgré vos apparitions scéniques dans des villes respirant tard les spectacles imaginaires
A Santa Fe les démons vous prenaient vers minuit les yeux des hommes vous consommaient sur place la salle s'agitait autant que votre corps sous des habits peu à peu abandonnés sous des lumières blafardes jouant le même jeu en y voyant plus
Claire peut-être avez-vous eu souvenir de vos origines nomades l'appel d'une roulotte passant dans votre tête l'appel de la tribu
Vous avez tout quitté et les saisons vous ont reprise éternelle bohème tourbillonnante parmi les feuilles à l'orée des villages belle pour votre Joe le bel homme à étreindre toujours jazzant auprès du feu
Ils ont dit vous devez tout éteindre rendre les lieux dans l'état chercher ailleurs une place où camper faire disparaître les causes du délit
Et vous êtes partie j'ai lu votre livre avec ce goût de cendre la nostalgie d'un pays connu
La nuit l'a refermé
L'insupportable noir
La mort bien avant l'heure


Alain Helissen
Publié dans « La narration vous change la vie », Comp'act éditions, 2005.
Tous droits réservés.

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Published by Alain Helissen - dans Textes
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  • : Le blog de Alain Helissen-Poésie
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  • : BLOG de "poésie". Vous y trouverez une présentation des ouvrages d'Alain Helissen mais aussi des ouvrages publiés dans la collection "Vents Contraires" qu'il animait chez VOIX éditions/Richard Meier jusqu'en 2010. Actualités également du cycle de rencontres poétiques "Pontiffroy-Poésie"qu'il coanime avec Vincent Wahl à la médiathèque Verlaine (Pontiffroy) à Metz. Et infos diverses.Liste des recueils et revues chroniqués.Liste d'ouvrages de poésie (d'occasion) mis en vente, Présentation de nombreux livres d'artiste réalisés seul ou, le plus souvent, en duo avec un(e) plasticien(ne).
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