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22 février 2008 5 22 /02 /février /2008 11:32
 
 
En deux mots comme en cent j’ai beaucoup aimé vos récits. J’ai suivi dans un constant éveil les démêlées surprenantes, inattendues, parfois très énigmatiques, de vos personnages avec la fiction qui leur donne un semblant d’être ou les escamote et dont ils sont plus d’une fois eux mêmes les producteurs, les inventeurs : tous ces télescopages entre une multitude de voix indifférentes au principe de non contradiction sont autant d’expériences humoristiques – ou fort graves – sur les paradoxes de l’écriture .
J’ai particulièrement aimé les textes où l’aventure prend une tonalité nocturne, inquiète, angoissée. Je pense par exemple à cette superbe adresse à une bohémienne (« Claire nuit »), un poème en prose qui a toutes les résonances d’un sortilège : votre texte réactive le mythe de la gitane à la fois tragique et démoniaque, avec un art extrêmement subtil des glissements, des surimpressions, des superpositions d’images et de tonalités ; il le réactive et le transmue complètement puisque – selon la stratégie générale de votre livre – cette bohémienne mystérieuse, maîtresse du feu vouée à l’errance, règne aussi sur « l’encre noire », puisqu’elle est elle-même productrice d’un livre, une des figures de l’auteur : les sortilèges du poème sont ainsi l’espace d’un jeu séculaire qui en décuple les miroitements.
Même gravité, même puissance d’envoûtement dans beaucoup d’autres pages. Ainsi « d’un instant l’autre », poème douloureux de l’éclatement, de la scission temporelle et d’une solitude que la mémoire découvre irrémédiable puisque l’Autre – le double ? – n’a jamais été au rendez-vous de l’instant. Il est très beau que l’écriture, quand elle tente de conjurer le vide, soit contrainte d’y reconnaître son espace originel. Tel est le rapport fondamental entre le narrateur et les personnages de sa fiction : dans « Le héros virtuel » le texte inaugure un prestigieux voyage aux résonances parfois baudelairiennes ; un voyageur prend naissance ; voici toute une aventure et de mystérieux paysages marins, une aventure que génèrent « les accidents horizontaux du voyage. Mais le personnage sera impossible à suivre jusqu’au bout, il échappe, son identité est « rompue ». Le récit n’appartient pas à son auteur ; le reprendre, le continuer, sera peut-être la tâche d’autres scripteurs – ou du lecteur peut-être ?– Si la fiction « change la vie » c’est pour y instaurer l’inquiétude, l’impermanence, la perpétuelle surprise, mais aussi l’inexorable sentiment d’une fragmentation aléatoire.
Voilà quelques impressions de lecture, un peu rapidement confiées à ma lettre. J’aurais pu aussi vous dire mon plaisir de voir la fiction écrite interférer avec celle des films, les machinations du texte confondues avec celles du plateau de tournage. Merci donc pour votre livre.
 
Avec mes sentiments les meilleurs.
 
Jacques Douté.
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22 février 2008 5 22 /02 /février /2008 11:30
 
Alain HELISSEN, La narration vous change la vie, Comp’Act.
 

Ce que j’écris est de la langue devenue fiction. La langue est une institution. Tous ses effets sont institutionnalisés. Si ce livre prend vie quand vous le lisez, il redevient substance morte quand vous le délaissez. Vous en êtes l’agent révélateur. Il s’agit bien ici d’une relation à trois entre le narrateur, la vie et le lecteur – actionnée indifféremment par une caméra multipliant les plans divers ou par un train impulsant une certaine cadence. Quelques titres éloquents portent témoignage en ce sens : Cadrages ; Des maillons du récit ; Clap ; Série B ; Le train du récit. La question fondamentale posée ici est : est-ce la vie qui ruine la fiction ou la fiction qui bouleverse la vie ? La fiction est-elle notre dernier recours ? Ou les récits mettent-ils essentiellement en scène leur propre élaboration ? De mots en mots la vie aura changé / Les mots ont fait silence et creusé sûrement le vide. L’écrivain et l’écriture servent de cadre et d’écran où les images aux contours acquis se profilent : la fiction est alors visible. Le problème qui demeure étant le suivant : comment mesurer l’écart entre celui qui écrit et ceux qui parlent à travers le récit ? Mais écrire n’est-il pas une autre façon de devancer la mort ? Le temps prenant de l’épaisseur se dédouble entre le temps de vivre et le temps d’écrire. Si la vie reprend le dessus ceux qui comptent pour vous vont faire taire votre langue.

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Traversées N°44 ; octobre 2006.
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22 février 2008 5 22 /02 /février /2008 11:21
 
      Alain HELISSEN
La Narration vous change la vie
 
Editions Comp’Act
Fictions
Collection Morari
ISBN 2-87661-360-3
148 pages,15 x 21 cm
21 euros
IMG 8777


La narration vous change la vie
réunit un ensemble de récits qui mettent en scène leur propre processus d’élaboration. Comme si la fiction à l’œuvre n’avait de cesse de prévenir son lecteur : «Attention, une fiction peut en cacher une autre!» 
La narration ici tente de se dégager de multiples intrusions parasites mais la «machine à conter» déraille, emportant vers des destinations inconnues des wagons de mots indociles, des histoires qui n’en finissent plus de changer de voie, de vie.
Et qui réinventent le réel, comme une illusion salutaire.

Madame la Responsable de la fiction,
J’ai essayé d’imaginer des histoires susceptibles de constituer la matière première de films télévisés. Conscient du caractère inachevé de ces productions écrites, je vous les soumets pour réparation.
Je ne doute pas de votre faculté – c’est aussi votre responsabilité – à redonner à mes personnages une crédibilité que je n’ai, hélas, pas su leur donner moi-même. J’espère sincèrement que mes héros moribonds ressusciteront sous votre plume et, dans l’attente de les voir gambader sur les écrans, je vous prie d’accepter Madame la Responsable de la fiction, mes remerciements anticipés.
Le narrateur



Un exemplaire dédicacé de la narration vous change la vie peut-être commandé chez l’auteur, au prix avantageux de 20 euro, sans frais de port supplémentaires (chèque à l’ordre de l’auteur). Commande à : Alain Helissen, 53 rue de l’Entente 57400 Sarrebourg.

Obs. Il ne me reste qu'un exemplaire disponible de cet ouvrage. Me contacter au préalable pour réservation.

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21 février 2008 4 21 /02 /février /2008 18:54

Essentiellement poétique, mon travail tend à affranchir une langue qui, appartenant à « tous et à personne », subit dans son usage courant un appauvrissement prononcé. C’est pour lui redonner du rythme à cette langue, de l’invention, de la liberté et des effets sonores que j’en joue sur des registres divers, exploitant très librement ses lieux communs, les détournant à volonté.

L’un des thèmes de cette œuvre poétique serait l’impossibilité de restituer par l’écriture ce réel que je sens indicible. D’où une propension dans certains de mes écrits à outrepasser tout esprit de « sérieux », optant plutôt pour des constructions syntaxiques ludiques à l’humour parfois cynique (Cf. Les poétrous, Metz in Japan, La part des émotions,…).
 
Un autre thème présent dans mon travail, en rapport avec celui évoqué précédemment, c’est celui de la solitude de l’écrivain. Lié au sentiment que j’ai d’écrire dans l’indifférence quasi totale des autres, à une époque aussi où l’écrit se voit impitoyablement supplanté par l’audio-visuel.(Cf. Rhapsodie du Je (Rafaël de Surtis), Le rappel des titres (inédit), On joue tout seul (inédit)
 
Le thème encore de « la fiction », que l’on retrouve surtout dans mon ouvrage La narration vous change la vie (Comp’Act, 2005). Ou l’impossibilité de raconter une histoire, illustrée ici par une suite de récits dans lesquels les personnages se regimbent et décident de prendre eux-mêmes en charge le déroulement de l’histoire amorcée. Comment croire encore en une fiction qui se fait passer pour la réalité ? J’ai vis à vis du roman une méfiance prononcée.
Mais je crois que la fiction est partout, indépassable, incontournable. Je l’utilise de façon outrancière dans Faits divers rigoureux (à paraître), un ensemble qui reprend en les déformant le plus souvent d’authentiques fais divers collectés dans les journaux. Une manière de mélanger délibérément réalité et fiction, l’une n’existant pas sans l’autre.
 
Pour résumer, je considère mon travail littéraire comme la seule liberté qui m’est laissée de réinventer un monde dans lequel, sans cela, je me sentirais très mal.




A.H.
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